Intervenant devant le Conseil de sécurité des Nations unies, ce lundi 2 mars à New-York, lors d’un débat consacré à la protection des enfants à l’ère du numérique, l’ambassadeur de la République démocratique du Congo, Zénon Ngay Mukongo a livré un plaidoyer ferme en faveur du droit à l’éducation en contexte de conflit, tout en dénonçant les conséquences directes de la guerre imposée dans l’Est du pays.
« Depuis plus de trois décennies, notre pays connaît des cycles récurrents de violence et de conflits armés, particulièrement dans sa partie orientale », a-t-il déclaré.
Zénon Ngay Mukongo a rappellé que des millions d’enfants congolais sont privés d’un droit fondamental : celui d’accéder à « une éducation sûre, inclusive et de qualité ».
Une dénonciation explicite des exactions du M23 et des RDF
L’ambassadeur a particulièrement épinglé la situation dans la province du Sud-Kivu, où opèrent le M23 et les forces de défense rwandaises (RDF).
« Rien que dans la province du Sud-Kivu, où opère impunément depuis le début de l’année 2025 le M23 et les forces de défense rwandaises, en violation de nos lois nationales, de la Charte des Nations Unies et du droit international humanitaire, l’impact du conflit sur l’éducation est alarmant », a-t-il dénoncé.
Parmi les conséquences évoquées :
• Sur 8 400 écoles, 1 768 ne sont plus fonctionnelles ;
• 167 établissements sont occupés par des groupes armés ;
• 72 214 élèves, dont 36 068 filles, sont directement affectés.
Plus grave encore, a-t-il ajouté, « la gratuité de l’enseignement est mise à mal », les troupes rwandaises et les rebelles du M23 ayant décidé « d’imposer des frais de scolarité dans les écoles publiques et privées des territoires sous leur contrôle ».
La gratuité de l’enseignement, pilier de la vision présidentielle
Face à cette situation, la RDC réaffirme son engagement structurel en faveur de l’éducation. L’ambassadeur a rappelé que l’instruction constitue « non seulement un droit fondamental, mais également un pilier majeur de la stabilité » du pays.
Il a mis en avant la politique de gratuité de l’enseignement décrétée en 2019 par le président Félix Tshisekedi.
« La politique de la gratuité de l’enseignement répond à la vision d’améliorer l’accès à l’éducation et aux nouvelles technologies pour tous les enfants congolais », a-t-il souligné, insistant sur le fait que cette réforme structurelle participe à la consolidation de la cohésion nationale.
Une stratégie pour l’éducation en situation d’urgence
Au-delà de la gratuité, la RDC a adopté en 2025 une Stratégie de l’éducation et de la formation en situation d’urgence 2025-2029.
Dans son exposé, l'ambassadeur a expliqué la quintessence de cette stratégie visant « à bâtir un système éducatif résilient, inclusif et protecteur capable de garantir la continuité de l’apprentissage avant, pendant et après les crises ».
Dans ce contexte, le numérique est présenté comme un levier essentiel.
« Le recours au numérique s’impose aujourd’hui comme une voie essentielle pour atténuer les effets des conflits sur l’éducation », a-t-il affirmé, citant les plateformes d’apprentissage à distance et les outils mobiles comme solutions pour maintenir le lien pédagogique avec les enfants déplacés ou vivant dans des zones enclavées.
Un appel à la responsabilité internationale
Enfin, la RDC a insisté sur la nécessité de replacer les droits de l’enfant et le respect du droit international humanitaire au cœur des stratégies de paix.
« La technologie ne doit jamais être un facteur d’exclusion pour nos enfants. Elle doit au contraire devenir un instrument de résilience, de réparation et d’égalité des chances », a conclu l’ambassadeur appelant à un appui international renforcé pour le développement d’infrastructures éducatives et numériques dans les zones affectées par les conflits.
À travers cette intervention, Kinshasa aura ainsi articulé un double message : dénoncer les effets dévastateurs de la guerre menée par le M23 et les RDF dans l’Est du pays, tout en réaffirmant sa détermination à faire de la gratuité de l’enseignement et de l’éducation en situation d’urgence des axes prioritaires de sa politique nationale.
Moïse Dianyishayi
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